Vendredi 9 janvier 2009
*touss touss* hmm, c'est poussérieux ici dites-donc... Bon j'vais faire le ménage, virer les quelques articles à deux francs-six-sous qui traînent... voilà, c'est fait.  Bon, si je me mettais à bloguer sérieusement ? Ouais je sais je l'ai déjà promis, mais à ma décharge, je dirai que les promesses n'engagent que ceux qui les font, surtout en terme de régularité de publication sur un blog, hein.

La vacuité du ballet diplomatique qui se joue actuellement ne peut que faire rire l'oeil averti et non dénué d'un certain cynisme. Notre hussard de président veut la paix et un cessez-le-feu, et montrer à nos « amis Israéliens » ce qu'est la raison. Et nos médias s'indignent de la perte tragique de centaines de civils. Ont-ils oublié ce qu'est une guerre et ce que cela signifie dans toute son horreur ? Nous avons trop été habitués aux frappes chirurgicales en live sur CNN avec un expert militaire en encadré pour nous expliquer que nous sommes en train de voir les images prises par la caméra embarquée d'une arme tactique à guidage satellitaire qui s'apprête à s'abattre sur un dépôt de munitions. Gaza nous rappelle qu'une guerre ressemble plus à des colonnes de blindés appuyées par un feu nourri d'artillerie et une couverture aérienne massive. Qu'une guerre est le nettoyage systématique de chaque secteur présentant une menace pour ses propres troupes et sa propre population. L'objectif d'une guerre est la neutralisation totale des capacité vulnérantes de l'adversaire, et pour y parvenir, il vaut mieux que ce soit l'ennemi ou sa population qui en pâtisse. Le général Patton disait que le but d'une guerre n'est pas de mourir pour sa patrie, mais de faire en sorte que son ennemi meure pour la sienne.


Une guerre est d'autant plus terrible lorsque derrière les enjeux tactiques se cache la volonté d'une nation à restaurer son honneur bafoué. La claque infligée par le Hezbollah libanais à Tsahal en 2006 imposait à Israël de prouver au monde entier, et aux Arabes en premier, que son armée était toujours invincible, et surtout que de s'en prendre à Israël est impardonnable et conduit au pire des châtiments. Le Mossad aura traqué pendant 30 années les commanditaires du commando Septembre Noir, les éliminant un par un. Aujourd'hui encore, ils traquent d'anciens SS jusqu'au fin fond de l'Amérique Latine pour les pendre à Tel Aviv. Le Hamas brisant la trêve ne s'attendait pas une réaction aussi violente d'Israël, et l'opinion mondiale sûrement pas à une offensive terrestre. Et pourtant, certains avaient déjà prévu un nettoyage programmé de Gaza. Ces mêmes « mauvaises langues », dont j'ai fait partie, osaient même prévoir qu'Israël ne cesserait pas les hostilités avant d'avoir fini le travail et mis le Hamas à genoux. Le capital sympathie de la population palestinienne a enflé de façon exponentielle, la réprobation mondiale gronde, mais Israël n'en a cure. Les chars Merkva n'arrêteront leur progression qu'au moment où plus aucune roquette ne décollera de Gaza, et ce encore, quel qu'en soit le prix humain.


Le grand jeu dans les débats est actuellement de savoir qui a commencé. Le Hamas qui a brisé la trêve ? Israël qui a maintenu le blocus sur Gaza ? Ou alors l'Histoire a-t-elle commencé il y a 3000 ans ? En 1918, ou bien en 1948 ? Savoir qui a commencé n'a que peu d'importance, après tout, les deux peuples ont droit à cette terre. Les faucons Israéliens et les terroristes du Hamas sont tout deux issus des urnes, est-ce alors réellement le désespoir qui a fait choisir à ces deux peuples la guerre plutôt que les partis de la paix ? Une guerre ne dure pas 60 longues années sans le nécessaire soutien, au moins partiel des peuples, et le soutien total des franges les plus extrêmistes. Autant les gazaouis ont choisi les islamistes du Hamas qui ont pour vocation d'instaurer un califat en Terre de Palestine et de détruire « l'entité sioniste », autant c'est un extrémiste juif, de la branche ultra orthodoxe, qui a assassiné Yitzhak Rabin, et autant les israéliens ont fait le choix d'Ariel Sharon en 2000 et pourraient faire le choix de Netanyahou en Février. La souffrance d'innocents est toujours injuste, mais la punition collective que subit le peuple palestinien, extrêmement violente, découle de la même monstrueuse logique que celle que subissent les frontaliers de la bande de Gaza vivant sous la menace d'une pluie de roquettes. Nous sommes face à deux partis qui se sont jurés une destruction mutuelle. Se détacher des faits est difficile face à ce conflit, mais quelle différence entre un obus Israélien tiré sur une école à Gaza et une roquette tombant sur un kindergarten à Bersheeva ? Qu'aurait donc dit l'opinion internationale, si bien pensante, si ce jardin d'enfant avait été plein à craquer ce jour là ? Comment aurait réagi l'opinion internationale s'il n'y avait eu aucun doute quant à la présence de militants du Hamas tirant au mortier à partir de cette école à Gaza ? Serait-elle tout d'un coup devenue « pro israélienne » ? La prise de parti s'installe naturellement en faveur du plus faible le transformant systématiquement en victime absolue et dé-responsabilisée quant à la situation. Il n'y a qu'à lire les commentaires des internautes sur les sites d'information où toute velléité d'approche rationnelle de la situation, ou simple critique du Hamas en tant que groupe islamiste prônant le recours au terrorisme, passe pour un comportement pro israélien proche du nazisme, conférant ainsi un point godwin bien mérité à une horde de « pro palestiniens » auto proclamés qui ne sauraient pas placer Gaza ni la West Bank sur une carte.


Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'ici prendre parti n'a véritablement aucun sens, sauf si l'on désire faire une gradation dans la souffrance, ce qui est à mon sens le pire travers dans lequel on puisse tomber lorsqu'on prétend vouloir faire preuve d'honnêteté intellectuelle. Le seul parti à défendre, c'est celui de la paix. Mais pour les raisons explicitées plus haut, celui-ci a vocation à perdre la guerre. Plus que jamais, après, il faudra balayer les cendres et tenter de recoller les morceaux afin d'établir une paix durable dans la région. J'ai personnellement assez peu d'espoir, tant que le Moyen Orient sera dominé par des états théocratiques, Israël enfermé dans un sionisme hégémonique, le Liban occupé par l'appendice de la Syrie qu'est le Hezbollah et qui a juré la destruction d'Israël.


Ces précisions qui se veulent tristement réalistes nous conduisent vers une analyse prospective quant aux évolutions du conflit en cours. Quand les frappes aériennes ont commencé sur Gaza, la chasse israélienne a survolé le Sud-Liban a très basse altitude pour échapper à la couverture radar de la FINUL. En effet, la dernière incursion de l'aviation israélienne avait failli finir tragiquement lorsqu'une batterie anti-aérienne française a accroché l'appareil... Cela aurait pu faire désordre, disons-le pudiquement. Ehud Barak ne l'a par ailleurs nullement caché : la frontière avec le Liban a été « sécurisée » à grand renfort de rappels massifs de réservistes. Plusieurs milliers en réalité. Israël est en guerre, et Israël se prépare à une guerre totale de plus grande ampleur. Seul le veto américain a dissuadé le gouvernement Israélien d'aller bombarder les sites nucléaires stratégiques en Iran, mais ces derniers ne se sont pas privés de raser un site Syrien par un raid d'aviation. A terme les objectifs pourraient être de « libérer le Liban », anéantir la Syrie et casser l'élan iranien. Une République Islamique dotée de l'arme nucléaire est le pire cauchemar des Israéliens, leur « capital peur » étant en grande partie assuré par l'ambiguïté que Tsahal laisse planer quant à ses propres capacités nucléaires. Ambiguïté toutefois en partie levée après une monumentale gaffe d'Ehud Olmert en 2006... Les débuts difficiles de la guerre du Kippour avaient conduit par ailleurs à armer des missiles Jericho avec des têtes nucléaires sous l'impulsion de Moshe Dayan, à utiliser en cas d'étouffement numérique.


A cette heure, le 9 janvier 2009 la situation est plus qu'ambigüe. Israël accepte l'idée d'un dialogue sous l'égide de l'Égypte mais poursuit son incursion, l'étendant à Rafah, le gouvernement laissant aux généraux l'entière appréciation de l'opportunité du déclenchement de la troisième phase de l'offensive. Hier matin, des roquettes venant du Liban se sont abattues sur le territoire Israélien provoquant une riposte de Tsahal. Les tirs n'ont pas été revendiqués, ni par le Hamas, ni par le Hezbollah, tous deux niant toute implication. La FINUL est placée en état d'alerte, les troupes des Nations Unies se trouvant entre deux feux. Nations unies qui démontrent une fois de plus à la face du monde leur incapacité totale à imposer la paix, les belligérants ayant tous deux rejeté catégoriquement la résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat. Le gouvernement israélien prend note du refus des États-Unis à poser leur veto à cette résolution mais persiste dans sa volonté de nettoyer Gaza pour « sécuriser » le sud d'Israël. Le plus terrible n'est pas l'obstination israélienne à éliminer les membres des milices palestiniennes proche du trouble obsessionnel compulsif, mais le complaisance de fait de la communauté internationale : tout le monde est au fond bien heureux de voir Tsahal éliminer le Hamas, et la mort des gazaouis est aux yeux des grands pays un prix acceptable pour parvenir à cette fin.

 
Par thinredline
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Commentaires

Alors ça, pour un retour, c'est un retour. Peux-tu me rappeler quelle est la "monumentale gaffe" commise par Olmert en 2006 ? Ca m'échappe totalement. Bon, inutile de signaler que je suis globalement d'accord avec toi, je te remercie d'ailleurs d'insister sur la nécessité de prendre le parti de la paix avant celui des palestiniens ou des israéliens. Cela dit, l'ampleur de l'attaque me paraît tellement ahurissante que je ne peux que compatir à la douleur des gazaouis, même si je n'oublie pas les victimes israéliennes (moins nombreuses peut-être, mais allons dire ça aux familles des victimes.). Au fait, c'est moi ou le comportement des médias a comme qui dirait "changé" ? On dirait qu'ils sont beaucoup plus enclins à montrer Israël comme une implacable machine militaire sans coeur et les gazaouis comme des victimes sans défense, en insistant à peine sur le Hamas ? Si je me souviens bien, "avant", on pointait surtout la menace terroriste du Hamas ou du Hezbollah (je pense surtout à la guerre au Liban en fait) plutôt que les velléités militaires d'Israël. Remarque, je suppose que c'est ce que tu sous-entends en pointant le "capital sympathie" engrangé par la Palestine. Dernier point, ma connaissance des armes est très faible, mais j'ai rêvé ou la télé n'a pas hésité à montrer en boucle l'utilisation de bombes à sous-munition, sans préciser une seule seconde que ç'en était ? A moins que ce soit courant pour un missile d'exploser en une multitude de petits points brillants avant d'atteindre la surface (et je dis ça sans aucune ironie, je n'y connais strictement rien).
Commentaire n°1 posté par Noni le 09/01/2009 à 17h38
La gaffe d'Olmert en 2006 est une petite déclaration dans la quelle il citait les pays détenteurs de l'arme nucléaire, à propos de la crise iranienne, incluant Israël aux côtés des Etats-Unis, de la Chine ou de la Russie. Autant dire que la presse l'a lynché comme il se doit, même si plus personne ne doutait qu'Israël avait de quoi vitrifier le Moyen-Orient sous le coude, le capital peur né de l'incertitude s'envolait pour de bon.

Bien sur qu'il y a une différence d'ampleur assez ahurissante, mais c'est le fait de la logique de guerre dans la quelle Israël s'est engagé. La réthorique des groupes islamistes est extrêmement violente, appellant à la destruction même de l'Etat d'Israël. Je ne me place pas vraiment dans le pathos ici, je ne suis pas là pour ça, à titre personnel je ne peux également qu'avoir de la compassion pour les innocents qui meurent sous les obus sans avoir rien demandé à personne...

Et oui, c'est exactement cela que je désigne par le "capital sympathie" dont jouissent les palestiniens, ou la prise de parti aujourd'hui systématique pour la partie faible qu'on assimile immédiatement à la partie qui aurait "raison", ou serait du "bon" côté. Or ici il n'y a aucun "bon" côté, pas plus qu'il n'y a de "mauvais" côté. Juste une somme d'individus aux intérêts et volontés radicalement opposés, qui peuvent être à la fois légitime dans une certaine limite mais complètement extrêmistes.

Sur l'utilisation des armes prohibées, je ne sais pas pas, honnêtement. Le black out médiatique sur les zones de combat orchestré par Tsahal ne permet pas d'avoir d'images "proches" des armes et dégâts causés. Au Liban en 2006 les israéliens ont fait usage d'armes à sous munitions. Après il faut être prudent sur ce type d'accusations, en temps de guerre cela fait aussi partie de la propagande, accuser l'ennemi des pires atrocités. Ici des sources palestiniennes font état d'usages d'armes au phosphore blanc (infligeant de graves brûlures), info impossible à confirmer ou infirmer...
Réponse de thinredline le 09/01/2009 à 17h52

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