La guerre des images importe tout autant que les combats à l'arme lourde, surtout en ce qu'elle conditionne les suites du conflit. Les Georgiens l'ont bien compris en Août dernier, leur propagande de guerre ayant conduit Kouchner à reprendre des accusations de génocide au 20 heures sur le service public, et laissé penser que les Russes étaient prêts à prendre la Capitale d'une minute à l'autre. L'opération plomb durci à Gaza n'échappe pas à cette règle, et il faut constater aujourd'hui que les Hamas, et les palestiniens au sens large, ont su se montrer meilleurs communiquants qu'Israël. Là encore, pas de prise de parti, une analyse que je voudrais la plus objective possible sur les techniques de communication en temps de guerre appliquées au conflit en cours.
Pourtant, Tsahal avait tout fait pour éviter ceci, le black out organisé autour de Gaza n'a permis au chaînes d'information en continu de ne diffuser que de lointaines images d'explosions et panaches de fumée, faisant plus penser à des célébrations du 14 Juillet qu'à une incursion armée dans un territoire autonome. Les seules images ayant filtré de l'intérieur, de « sources palestiniennes » sont d'un tout autre acabit. Quelques images des destructions matérielles, essentiellement celles concernant des quartiers d'habitation, mosquées et cimetières et autres écoles (ou tas de gravats fumants présentés comme une « école » par les témoins). Des victimes, on voit beaucoup de civils, surtout des enfants. Les images seules nous apprennent donc que les victimes des combats seraient à 90% des enfants. Aucune image d'un militant du Hamas en armes et canné sur le bord d'une route n'a filtré. A croire que les raids n'ont fait « que » 1000 victimes, et exclusivement civiles donc. Les seules images de membres du Hamas que l'on a pu voir sont celles d'enterrements de leaders portés par la ferveur populaire.
Seconde point sur le quel le Hamas s'est montré fin communiquant, ce sont ces fameuses armes au phosphore blanc. De vraies saloperies ces trucs là. Seulement, le phosphore blanc, sert aussi de fumigène, et pas seulement d'arme incendiaire. L'utilisation d'obus chimiques à des fins incendiaires contre des civils est une accusation extrêmement grave, on parle d'un crime de guerre ici. Or l'utilisation de telles armes n'a pas pu être confirmé autrement que par des « sources palestiniennes ». Le CICR lui même s'est refusé à tout commentaire arguant que la Croix Rouge ne disposait d'aucune preuve de l'utilisation de ces armes contre des civils (rapporté par Rue89 qu'on ne saurait accuser de comportement pro sioniste). En termes de communication de guerre, ce type d'affirmation est redoutablement efficace, surtout lorsqu'elle est accompagnée de détails tous plus horribles les uns que les autres. « It peels skin from the body ». La comparaison avec l'utilisation du napalm a été faite à maintes reprises, faisant remonter ces images de la guerre du Vietnam, de cette petite fille à la peau brûlée qui fuit son village en courant pour échapper au raid des F-4 américains. Si ces faits sont confirmés, Israël devra répondre de ce crime horrible devant la justice internationale, mais en attendant, il peut très bien s'agir de pure propagande de guerre, ou bien d'affabulation autour de l'utilisation de simples fumigènes.
Il est également souvent fait mention de tirs sur des « écoles de l'ONU », cette rhétorique est d'une efficacité sans faille. Ici c'est l'innocence incarnée qui est victime du monstre sioniste. Les enfants, dans un lieu des plus sacrés pour l'occident : l'école. Ensuite les Nations Unies, qui malgré leur inefficacité crasse, restent un symbole fort de paix. Écoutez les informations, il ne se passe plus une journée sans que Tsahal ne rase une « école de l'ONU » depuis l'émoi soulevé par le bombardement d'un de ces établissements la semaine dernière. Tsahal a affirmé que des militants du Hamas s'étaient réfugiés dans ces bâtiments et pilonnaient leur position au mortier, l'ONU a nié, ensuite ce fut le black out total sur cette affaire. L'enquête devrait se faire discrète... Une dépêche, que l'on peut trouver dans les archives de chaînes d'info américaines, citant Associated Press donnent un autre son de cloche :
(google est votre ami, ici repris par WKYT, filiale de CBS mieux référencé que les autres semble-t-il donc : http://www.wkyt.com/home/headlines/37163864.html )
Lors de seconde intifada des miliciens se servaient d'ambulances pour transporter roquettes et soldats, ce qui a fourni un cynique excuse aux troupes de la Coalition en Irak pour allumer les « convois sanitaires suspects ». Tiens donc... C'est comme cela que les GI's ont massacré l'équipe qui exfiltrait un agent secret italien fraîchement libéré. Mais nous nous égarons. La vérité est sûrement bien différente des deux versions présentée. La communication du Hamas s'est donc montré efficace au point que l'opinion publique internationale est prête à croire que Tsahal bombarde délibérément des écoles de l'ONU pour le plaisir de faire un carton, mais rend impossible à l'esprit occidental moyen l'idée qu'une organisation terroriste se serve d'enfants comme boucliers humains. La stratégie du black out des images orchestrée par Tsahal est donc un échec retentissant, l'absence totale d'information donnant automatiquement tout crédit aux informations venant d'en face, car seule source d'information.
Mais cette stratégie de Tsahal confinant l'opinion publique à imaginer les israéliens comme des monstres faisant ressortir chez les plus bêtes l'image du juif au gros nez, yeux injectés de sang et mains crochues mangeant des enfants, n'est peut être pas innocente. Là où des armées vantent leur professionnalisme, leur technologie, leur action dans le maintien de la paix, Israël table tout sur le capital peur et l'image d'invincibilité de Tsahal. Il faut faire peur aux pays arabes, et surtout aux populations pour dissuader toute forme de résistance. La guerre des six jours a ancré ce mythe d'une armée invincible, et si celle-ci peut se montrer impitoyable l'effet n'en est que plus important. Laisser l'ennemi parler, montrer ses images, et dérouler sa propagande qui grossit forcément les faits pour s'attirer la sympathie de l'opinion (et donc poser la réprobation sur Israël), c'est aussi le laisser montrer de façon consciente que Tsahal est bien ce monstre impitoyable, et laisser les autres états tentés de se joindre au conflit faire dans leur froc. Moshe Dayan a laissé entendre qu'il était prêt à utiliser l'arme nucléaire pendant la guerre du Kippour, mythe ou réalité, ceci a entretenu le capital peur dont bénéficie Israël pendant de nombreuses années. L'attaque de Gaza relance la machine, en avertissement aux Iraniens, à la Syrie et au Hezbollah toujours prompt a mettre en avant sa victoire de 2006 sur Israël.
Nous pouvons donc conclure que la communication israélienne est entièrement tournée vers ses ennemis, nous sommes face à une propagande de guerre uniquement centré sur des objectifs militaires à moyen terme. La communication de guerre du Hamas, elle, est adressée à la communauté internationale dans son ensemble, elle vise à augmenter ce fameux capital sympathie dont bénéficie la population martyr des territoires, et à faciliter les suites de la guerre, à mettre la pression sur l'Etat hébreu. Cette vision chirurgicale du conflit ne doit cependant pas nous faire oublier que derrière les images, les enfants démembrés sur les routes de Gaza City, eux, sont bien réels et sont l'objet d'une guerre et d'une propagande dont ils se seraient bien passés.
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