Au hasard d'errances hertziennes, ou plutôt numériques, soyons modernes, je tombe sur ce qui semble être l'archétype de la culture des jeunes, disons des 16-30 ans d'aujourd'hui. Monument des mass
médias, purement récréatifs et abêtissants, car ne nécessitant aucune réflexion, ce type bien particulier de télé réalité à l'eau de rose qui prétend décortiquer les relations humaines en ce
qu'elles ont de plus complexe. En ce qui nous concerne, enfin, ce qui concerne le public ciblé, la complexité est inversement proportionnelle au tour de poitrine des « candidates ».
Poitrine qu'elles n'hésitent pas à exhiber en guise d'argument intellectuel, l'avenir de la relation entre le « lot » et les candidats étant subordonné à la question de savoir si elle est
« bonne » et si c'est « beau gosse ». Nous ne nous étendrons pas sur la superficialité des rapports ainsi érigée en norme absolue des rapports sociaux, en somme la
déshumanisation de ce qu'il y aurait de plus humain. Ces versions trash et porno soft de « tournez manège », comme quoi les jeunes n'ont rien inventé, se déclinent en plusieurs concept
présentant une variable « drôle » pour ne pas ennuyer le public. Le belle mère auditionne le prétendant pendant que le père charge son SW calibre .500 pour bouter hors de son toit
l'impétueux qui voudrait déflorer sa fille qui fréquente assidûment l'église, la fausse complicité entre les prétendants à la Next, ou encore « exposed » où les prétendants sont reliées à
un détecteur de mensonges à leur insu (puisqu'on vous dit que c'est possible, c'est Murdoch qui le dit).
Ne poussons pas plus loin la dissertation sur l'existence même cet abysse de la non pensée, degré zéro de la créativité. Ce qui devient passionnant, c'est ce qui s'y dit. Ces jeunes gens en
viennent à dialoguer, les producteurs se disant qu'il apporteront une honorable caution à la superficialité du concept. Ils parlent donc, pour mieux se connaître, parlent de leurs passions (j'aime
aller en boîte, j'aime lever des poules, j'aime ma voiture et les flingues), et parfois ils parlent même de politique si j'en crois ce que j'ai pu apercevoir entre deux flash info. Il semblerait
que nos amis d'outre atlantique soient persuadés que l'immigration illégale soit la source du réchauffement climatique. Ils parlaient de ce ce sujet qui semblait les préoccuper avec le plus grand
sérieux. L'émission ne relevait pourtant pas du concept malsain de caser un attardé avec une star du porno local, mais bien deux jeunes américains moyens, dynamiques et qui de surcroît fréquentent
l'université. Nous avons donc face à nous le désagréable spectacle de la normalité supérieur américaine qui disserte sur une corrélation positive entre immigration illégale et réchauffement
climatique. Katrina, c'était sûrement un coup des chicanos qui puent le buritos.
La question est donc maintenant de savoir si l'humain est un animal naturellement bête à bouffer du foin, et c'est encore faire peu de cas de l'intelligence des bovidés, ou si l'emprise de la
société du tout média réussi à persuader les masses des pires aberrations. Conjuguer le préjugé raciste à des peurs post millénaristes et apocalyptiques, car c'est bien cela qu'on nous promet avec
le réchauffement climatique, revient à établir un lien de cause à effet faisant de l'étranger le cavalier de l'Apocalypse, sa présence en terre pure devenant une menace pour la survie du monde, ou
du moins de notre sacro-saint « modèle de vie ». L'abêtissement général, dans une société en mal de repère et en repli sur la spiritualité, il n'y a qu'à voir le succès du coaching, des
sectes new age, ou des prédicateurs évangelistes, prend son plein essor, la question est donc de savoir Qui. Qui en est à l'origine, qui décide un jour d'user du levier des mass médias pour bourrer
le crâne de 300 millions d'américains. Une approche virologique peut nous indiquer une contagion d'un média à un autre, d'un groupe à un autre, le « scoop » étant à la base une curiosité,
et face à son succès au sein de la masse stupide le diktat de l'audimat et du sensationnalisme conduit à l'entretenir.
Voilà comment on crée une croyance de toute pièce, enfin « on », cela ressemble plus à de la génération spontanée, et les croyances sont pure produit de la société qu'elles habitent. Du
bug de l'an 2000 aux sans papiers qui ruinent le climat il y a un dénominateur commun : la peur. On est au dessus de la peur « individuelle » qui pousse mamie à voter Républicain, ou pour
Le Pen dans nos contrées à peine plus civilisées, les composants du corps social n'ont pas seulement peur du petit Mohammed (ou Latrell) qui va venir brûler leur véhicule, ceux-ci sont intégré dans
un sentiment global et diffus. Sentiment justifié : quand dans des siècles (ou quelques semaines), des formes de vie exogène se pencheront sur les ruines de nos civilisations elle n'auront plus que
des épisodes de next ou exposed pour tenter de savoir comment vivait la civilisation qui squattait la planète avant extinction totale ou retour à l'âge de pierre. Cette perspective est franchement
effrayante, n'est-ce pas ?